
La tapisserie de Saint-Martin-le-Vieil
Au début des années 2000, une belle aventure collective voit le jour à Saint-Martin-le-Vieil. À l’initiative d’Annette Marcoul, alors engagée dans l’association Les Cruzels, quelques passionnées de travaux d’aiguilles décident de raconter l’histoire du village d’une manière originale : en broderie, dans l’esprit de la célèbre tapisserie de Bayeux.
Le projet est ambitieux. Il ne s’agit pas seulement de réaliser un ouvrage décoratif, mais de retracer, fil après fil, plusieurs siècles de mémoire locale. Pour construire ce récit, des recherches historiques sont menées avec l’aide de spécialistes. Les faits marquants du village sont sélectionnés : la vie médiévale, les Cruzels, l’abbaye de Villelongue, les épisodes liés au catharisme, la peste noire, le passage du Prince Noir, ou encore les traditions anciennes du village.
À partir de cette trame, l’artiste Tony Bourdeil réalise les cartons préparatoires. Ses dessins s’inspirent du style narratif de la tapisserie de Bayeux : une bande centrale raconte les scènes principales, tandis que les bordures accueillent animaux, plantes, outils, armes et motifs décoratifs. Sous la houlette d’Anne-Marie Denuc, les brodeuses se lancent alors dans un travail patient et minutieux.
Elles apprennent le point de Bayeux, une technique ancienne, exigeante et peu utilisée, qui demande plusieurs passages sur un même motif. Les matériaux sont choisis avec soin : une toile de lin, des fils de laine, et une palette limitée de couleurs, proche de l’esprit médiéval. Chaque panneau mesure environ un mètre. Au total, la tapisserie forme une fresque de 16 panneaux, soit près de 16 mètres d’histoire brodée. Le rythme est lent, mais régulier.
Les brodeuses se retrouvent chaque mois, tout en poursuivant parfois leur ouvrage chez elles. Pendant près de quinze ans, elles avancent ensemble, dans la discrétion, avec une fidélité et un enthousiasme jamais démentis. La tapisserie raconte d’abord la vie quotidienne : la chasse, la pêche, les labours, les semailles, les travaux des champs et les gestes simples du Moyen Âge. Elle évoque aussi les Cruzels, ces cavités creusées dans le calcaire, témoins d’un ancien habitat troglodytique. L’histoire religieuse et seigneuriale du territoire y trouve également sa place, avec l’abbaye de Villelongue, le château, les seigneurs locaux et les grands bouleversements du temps. La croisade contre les Albigeois, la peste noire de 1348 et les violences du XIVe siècle donnent à certaines scènes une tonalité plus sombre. Le passage du Prince Noir rappelle quant à lui les menaces qui pesaient sur les villages fortifiés de la région.
Mais la fresque se termine sur une note plus paisible, avec une scène de noces dans le donjon, rappel d’une ancienne tradition locale.
Longtemps conservée dans le secret, la tapisserie n’a été découverte dans son ensemble qu’au moment de sa présentation publique. Elle est exposée pour la première fois au foyer rural de Saint-Martin-le-Vieil en février 2017. La même année, les 16 mètres de broderie sont également présentés au Château Comtal de la Cité de Carcassonne. Cette œuvre est à la fois un hommage au village, à son histoire et à celles qui l’ont patiemment réalisée. Elle témoigne d’un attachement profond au patrimoine local, mais aussi de la force d’un travail collectif mené sur la durée.
La tapisserie de Saint-Martin-le-Vieil est aujourd’hui un véritable récit brodé, où l’histoire, l’art populaire et la mémoire villageoise se rejoignent.

Liens, Articles, Presse… :
https://quilteuseforever.com/2017/02/20/la-tapisserie-de-saint-martin-le-vieil/
https://france3-regions.franceinfo.fr/occitanie/aude/carcassonne/saint-martin-vieil-se-raconte-tapisserie-1199363.html
https://quilteuseforever.com/2017/02/20/la-tapisserie-de-saint-martin-le-vieil/
https://www.ladepeche.fr/2021/06/12/la-tapisserie-en-exposition-9601616.php

















