Les cruzels de Saint-Martin-le-Vieil
Les cruzels font partie des éléments les plus singuliers du patrimoine de Saint-Martin-le-Vieil.
Ce nom occitan désigne des cavités creusées dans les parois calcaires, souvent assimilées à des grottes ou à des aménagements troglodytiques.
À Saint-Martin-le-Vieil, ces cavités se trouvent principalement au pied de la falaise et à l’arrière des maisons du village actuel.
Elles forment un ensemble remarquable, avec plus d’une trentaine d’excavations identifiées.

Cette photographie permet de percevoir la régularité des parois, le volume intérieur des salles et l’atmosphère particulière de ces espaces creusés dans la roche.
Les cruzels sont implantés le long d’un éperon rocheux dominant la vallée du Lampy. Cet éperon, de forme triangulaire, s’avance vers la vallée et constitue le support du village actuel. Au nord, il est isolé par le vallon de la Goutine ; au sud, il domine la vallée du Lampy.

Cette carte permet de situer Saint-Martin-le-Vieil dans son environnement naturel, entre le Lampy, la Goutine et les reliefs de la Montagne Noire. Cette situation particulière a probablement joué un rôle important dans le choix du site. L’ensemble principal était complété par d’autres implantations plus modestes, notamment du côté de la Goutine et du Lampy. Le plan d’ensemble permet de comprendre la disposition des cavités, réparties en plusieurs groupes le long de la falaise.

Ce plan montre la succession des cavités numérotées, leur implantation par rapport au village actuel, à l’emplacement du château et à la source.
Certaines cavités sont isolées, tandis que d’autres fonctionnent par ensembles rapprochés. Les cruzels CR3, CR16 ou encore le groupe CR18 à CR21 sont parmi les exemples les plus représentatifs.
Leur organisation montre une certaine homogénéité dans les formes et les techniques de creusement.
Contrairement à de simples grottes naturelles, les cruzels de Saint-Martin-le-Vieil présentent des volumes réguliers.
Leur forme dominante est proche du parallélépipède, avec des salles rectangulaires, parfois complétées par des alvéoles ou des arrondis.
Les ouvertures prennent souvent l’apparence de grandes portes taillées dans la roche.
Les traces visibles sur les parois indiquent un creusement méthodique, réalisé au pic. Les spécialistes estiment que les salles ont été dégagées progressivement, du haut vers le bas.
Certaines atteignent des hauteurs importantes, de l’ordre de 3 à 4,5 mètres.

Cette coupe illustre la manière dont les cavités s’inscrivent dans les bancs rocheux de l’éperon.
Les cruzels ont été creusés dans des niveaux de roche tendre et friable. Cette roche, peu adaptée à la pierre de taille, se prêtait en revanche au creusement de salles artificielles. Les cavités naturelles sont rares dans ce type de formation et présentent généralement des formes très différentes. Tout porte donc à penser que les cruzels de Saint-Martin-le-Vieil sont bien des aménagements artificiels. Leur fonction exacte reste cependant difficile à établir avec certitude.
L’ancienne tradition locale les rattache à un habitat troglodytique primitif. Leur position, leur nombre et leur organisation suggèrent en effet un usage structuré du site. Mais leur rôle ne se limite peut-être pas à l’habitat. La disposition au-dessus d’un talus abrupt, la proximité de la falaise et la position dominante de l’éperon ont aussi pu renforcer l’aspect défensif du lieu.
Certains espaces ont pu servir de lieux de stockage, d’abris, d’annexes ou d’aménagements liés à la vie quotidienne. La présence d’une source à proximité ajoute encore à l’intérêt du site.

Ce document distingue les cavités visitées de celles devenues inaccessibles, ce qui montre que l’ensemble connu aujourd’hui ne reflète qu’une partie de l’état ancien du site.
Les plans anciens permettent aussi de constater l’importance de l’ensemble, aujourd’hui en partie masqué par les constructions modernes.
Les cruzels constituent ainsi un patrimoine discret mais majeur de Saint-Martin-le-Vieil. Ils racontent une relation ancienne entre les habitants, le relief et la roche.
Chaque année, Saint-Martin-le-Vieil accueille un colloque consacré à l’habitat troglodytique. Ce rendez-vous réunit des archéologues et chercheurs de différents horizons autour de ces formes d’occupation originales. Il contribue à mieux faire connaître les cruzels et à replacer le village dans une histoire plus large des habitats creusés. À travers ces cavités, Saint-Martin-le-Vieil conserve un témoignage rare, à la fois géologique, archéologique et humain.
Sources extraites du livre :
Saint-Martin-le-Vieil, Histoire et archéologie d’un village troglodytique
sous la direction de :
Marie-Elise Gardel,
Catherine Jeanjean
Christophe Bès
avec la collaboration de :
Christian Alibert
Frédéric Loppe
Edité par :
L’Amicale Laïque de Carcassonne en 2009